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I recently met with Ernest Gaubert of?KOURAJ Ayiti? which is a grassroots organization with members in Cap Haitian, Gona?ˉves,??St Marc, Port-au-Prince and Jacmel. ? ?It began as a social organisation Ami – Ami [friend to friend] in 2010 but the group soon realized they needed to expand to include advocacy around rights, access to healthcare, a response to homophobic and transphobic violence and general support particularly of young people who make up the majority of membership. ?The name was changed to KOURAJ to reflect a more activist and politicization of the group.

Although there are??no laws against ?LGBT ?/ ‘homosexuality ?in Haiti, there are few legal protections and homophobia and transphobia are widespread and often result in verbal and physical attacks as well as discrimination in the workplace and educational institutions. ? Ernest Gaubert, who is one of the founders of KOURAJ is also a?Houngan and he explained that ?Haitian Voudou is inclusive of ?‘all gender expressions and sexual orientation’. ?Voudou in general is far more inclusive of ?sexual minorities and those considered outside the normative heterosexual conformist spaces in whatever ways this might be.

 

The following interview [in French] was made by Cases Rebelles with Charlot JEUDYet?Ernest Junior GAUBERT,?the founders ?of Haitian LGBT organization –?KOURAJ.

Dans l’??mission n°31, Cases Rebelles a eu le plaisir d’accueillir l’organisation?KOURAJ?Pou Pwoteje Dwa Moun an Ayiti, bas??e ?? Port au Prince (Haiti), mais avec des cellules ailleurs dans le pays. Le groupe plus commun??ment appel???KOURAJ?existe depuis 2011 et rassemble des activistes LGBT ou plutot des activistes M, puisque?KOURAJ?a fait le choix fort de s’autod??finir avec les mots du peuple haitien. Kouraj c’est donc la communaut?? M, debout, fi?¨re et combattante. Communaut?? M pour Masisi, Madivin, Makom?¨ et Miks.?Charlot JEUDYet?Ernest Junior GAUBERT?(respectivement?pr??sident et vice-pr??sident de?Kouraj)r??pondent ?? nos questions et nous en disent plus sur leur histoire, leurs luttes, et leurs espoirs.

 

Cases Rebelles :?Comment en ?ates-vous venus ?? cr??er?KOURAJ??

Kouraj?: L’une des raisons qui nous a pouss??-e-s ?? cr??er KOURAJ c’est que nous ??tions un groupe d’ami-e-s, masisi et madivin et makom?¨. Quand on a constat?? que nous n’avions dans le pays aucun espace qui nous ??tait destin??, quand on a vu qu’il y avait un ensemble de caract??ristiques qui nous avaient pouss??-e-s ?? nous rassembler, nous nous sommes dit ? pourquoi ne pas cr??er une association? ?. Elle s’est appel??e d’abord?Ami Amiet fut cr????e en 2009.
Nous avons estim?? ?? partir de D??cembre 2011 qu’il y avait une n??cessit?? de transformer cette association en organisation pour d??fendre les droits de la communaut?? M, communaut?? M qui est la fa?§on dont on se d??finit dans la communaut?? ha?ˉtienne. Nous parlons decommunaut?? M, masisi, madivin, makom?¨, miks?-nous ne parlons pas de LGBT- m?ame si ce n’est pas le m?ame langage qu’au niveau international. Nous nous sommes donc dits ? H?? bien nous allons nous organiser pour faire ?§a. ? Mais c’??tait souvent parce que nous avions besoin de faire des activit??s entre nous, sans que les gens ne nous regardent de travers,? sans que les gens ne nous jugent.
Et c’est comme ?§a, nous ??tions?rassembl??-e-s?chez un ami Jean-Andr?? qui f?atait son anniversaire, on s’est dit ? Bon, on a le potentiel pour faire plus ?. On ??tait nombreux chez lui, ?? manger ?? boire et nous nous sommes dit : ? On va faire plus ensemble ?. Nous avons d??cid?? de transformer?Ami Ami?en?KOURAJ Pour la D??fense les Droits Humains en Ha?ˉti, parce que nous croyons qu’au niveau des discriminations sur l’orientation sexuelle des individu-e-s, sur l’identit?? de genre, c’est une question qui concerne toute la soci??t??, c’est un probl?¨me d’importance, un sujet controvers??. Et donc nous avons cr???? KOURAJ pour lutter contre toutes formes de stigmatisations, de discriminations que nos ami-e-s, notre entourage et nous-m?ames aussi nous subissons.

Alors quand on a commenc?? on ??tait un groupe d’ami-e-s, on ??tait environ douze. Ensuite, quand il y a eu la f?ate, on a dit ?Bon, nous allons faire KOURAJ ensemble?. Et parmi ces 12 amis il faut dire qu’il y avait toujours un noyau de 5 personnes actives et en premi?¨re ligne dans ce groupe : Nicolas, Pouchy, Herold, Pierson et moi-m?ame.
Mais avec le temps, avec le d??veloppement des activit??s, on a invit?? d’autres personnes ?? nous rejoindre dans l’??quipe. Aujourd’hui, nous sommes ?? 70 membres et quand on se d??place, quand on va dans des villes province comme St Marc, Gona?ˉves, Jacmel, L??og?¢ne, ils commencent ?? comprendre qu’il faut qu’ils s’impliquent parce que ?§a les concerne eux aussi et donc ils viennent de partout dans le combat ?? nos c?′t??s.
Et donc nous continuons le p?¨lerinage et on continue la lutte pour trouver d’autres camarades concern??-e-s par ces questions dans tout le pays parce que nous estimons que l’homophobie et la transphobie sont partout dans notre soci??t??.

CR :?Vous avez choisi de vous d??finir comme Communaut?? M ; vous n’avez pas choisi le terme LGBT et le langage qui va avec. C’est quelque chose qu’on trouve tr?¨s int??ressant. On aimerait savoir comment vous en ?ates venu-e-s ?? cette auto-d??finition , dans quelle mesure ?§a aide le combat et dans quelle mesure ?§a peut aussi le compliquer ?

Kouraj :?Disons que si tu es quelqu’un qui connait le pays tu sais que ?masisi? c’est la pire insulte que l’on puisse faire ?? quelqu’un. Les personnes qui ont du succ?¨s en politique, si on veut leur barrer la route on va dire d’eux qu’ils sont masisis. C’est comme ?§a que l’on attaque toute personne qui monte. C’est une insulte terrible. Mais nous-m?ames nous avons estim?? qu’il serait int??ressant que nous r??cup??rions ce concept, ce mot, cette insulte et que nous le transformions en symbole de notre fiert??. Pour qu’??ventuellement les gens prennent courage, qu’ils ne se sentent plus bless??s quand on leur dira qu’ils sont masisis ; que les gens ne se sentent plus humili??s, de m?ame qu’avec le mot ?madivin?.
Et puis nous croyons aussi qu’il y a des diff??rences sociologiques. Parce que chez nous quand on dit de toi que tu es masisi, la soci??t?? te voit comment ? La soci??t?? te voit comme un gar?§on qui a des rapports avec un gar?§on mais qui joue un r?′le ? f??minin ? dans ce rapport l?? ; c’est comme ?§a que la soci??t?? nous per?§oit et c’est pour ?§a que nous pensons que sociologiquement il y a des concepts qui ne correspondent pas. Parce que si on dit ?gay? au niveau international c’est peut-?atre un homme qui couche avec un homme, c’est un homme qui a un homme, c’est tout. Mais chez nous quand on dit masisi ?§a a un sens sp??cifique.

Et puis l’autre chose c’est que nous croyons aussi qu’Ha?ˉti n’a pas pris part jusqu’?? pr??sent ?? la bataille que la communaut?? LGBT du monde entier, ou du moins celle du continent nord-am??ricain, a men??.
C’est vrai qu’on a observ??, observ?? les strat??gies mais nous n’y avons pas particip??. Nous ne pouvons donc pas dire que nous sommes les grands b??n??ficiaires de cette lutte. Nous pensons que c’est un combat que nous menons aujourd’hui, qui n’a jamais ??t?? men?? dans le pays, pour la soci??t?? ha?ˉtienne. Nous disons un grand bravo pour les personnes qui se sont battu-e-s pour la communaut?? LGBT dans d’autres pays comme la France et qui se battent encore jusqu’aujourd’hui.

Nous nous autod??finissons parce que chez nous on parle de miks pas de bisexuels parce que le bisexuel de chez nous serait une personne h??t??rosexuelle qui a des rapports homosexuels. Ce serait ?§a. Parce que c’est une personne qui a deux formes de rapports : un rapport officiel qui est l’h??t??rosexualit?? et un rapport officieux qui est l’homosexualit??.
Toutes ces d??finitions nous font comprendre qu’il nous faut arriver avec des concepts que le peuple ha?ˉtien puisse comprendre, que les personnes des quartiers populaires puissent comprendre, qu’on puisse comprendre partout.

Dans quel sens ?§a peut poser probl?¨me aujourd’hui ? C’est peut-?atre qu’il y a des gens qui n’ont pas encore compris ; il y a des gens dans la communaut?? M qui refusent qu’on les traite de masisis parce qu’ils ne comprennent pas notre logique, la strat??gie que nous d??veloppons. Il y a des gens dans la communaut?? qui ne savent pas encore ou qui ne se sont pas encore appropri?? de ce mot. Parce que si hier c’??tait une insulte, aujourd’hui c’est un symbole de fiert??. Autrefois on le fuyait ce mot, on nous injuriait, nous en avions peur mais aujourd’hui on dit justement : ? Oui on est des masisis. On est des masisis ha?ˉtiens. Y a pas un probl?¨me d’?atre maisisi ??. Et c’est ?§a que nous voulons faire comme travail mais jusqu’?? maintenant nous n’avons pas encore eu les moyens de faire comprendre ?? toute la population pourquoi nous utilisons ce concept-l??, de cette fa?§on.

CR:?Au niveau de la cr??ation de KOURAJ, il semble qu’il ??tait surtout question d’hommes.? Quelle est de la place des femmes dans KOURAJ ?

Kouraj :?Il faut que nous disions que nous pensons que les femmes ont une place fondamentale. Et c’est ?§a qui nous a fait comprendre que nous ne pouvions pas mener le combat en tant que masisis sans s’unir aux madivin, d’une mani?¨re g??n??rale, mais aussi avec les femmes tout simplement. Et il faut qu’on s’unisse avec elles. Mais ??tant donn?? que lorsque nous nous sommes cr????s c’??tait surtout des masisis… Il y avait aussi d’autres gens, comme Rachel, qui ??taient proches de quelques membres fondateurs de KOURAJ . Il y avait aussi Sabine.
Mais nous faisons un constat qui est que, jusqu’?? maintenant, les femmes lesbiennes sont r??ticentes ?? se montrer. Or notre bataille est celle de la visibilit??, pour dire ??nous sommes l??, nous sommes masisis, nous sommes ha?ˉtiens, c’est notre pays et personne ne pourra nous faire le quitter ou en avoir peur??.

Elles sont l??, elles ont un place fondamentale dans toutes nos activit??s mais nous ne pouvons pas demander ?? des personnes de s’exposer si elles ne sentent pas encore en mesure de le faire ; on ne peut pas demander ?§a.?On ne peut pas leur demander de s’exposer quand on sait les cons??quences qui vont en d??couler pour elles. Parce qu’il s’agit pour la plupart de jeunes, vivant avec leurs familles qui sont capables de les jeter ?? la rue, de cesser de leur payer l’??cole, tu vois ? Il y a une tonne de difficult??s r??elles auxquelles il faut faire face. On a une amie, qui a toujours support?? nos activit??s, qui est madivin.? Mais aujourd’hui elle a de grosses difficult??s avec sa famille, avec son mari parce qu’il a appris qu’elle soutenait le mouvement KOURAJ, qu’elle ??tait toujours dans les activit??s de KOURAJ. Alors il s’agit de gros risques auxquels nous-m?ames avons choisi malgr?? tout de nous exposer pour pouvoir apporter des solutions une fois pour toutes ?? ces probl?¨mes dans le pays. Mais les femmes sont l?? ; elles sont toujours pr??sentes dans toutes nos activit??s.

CR:?Et quelles sont vos relations avec les groupes de femmes, les groupes f??ministes en Ha?ˉti ?

Kouraj :?Il y a un probl?¨me s??rieux depuis 1982 au pays. Depuis les ann??es 80 m?ame, les femmes ont commenc?? ?? mener des luttes pour r??clamer leur place dans la soci??t?? mais la strat??gie de leurs d??tracteurs a toujours ??t?? d’insinuer que c’??tait des madivin ; bien avant que?Kouraj?existe. Et en 1996, il y a eu la cr??ation du Minist?¨re ?? la Condition F??minine et aux Droits de la Femme. Ces femmes ont ??taient stigmatis??es ??norm??ment parce qu’elles ??taient consid??r??es comme lesbiennes, du fait qu’elles r??clamaient l’??galit??, l’??galit?? des droits, de chance, participation ?? la vie politique, tout ?§a. Et ?§a a fini par cr??er une phobie chez elles.
Quand nous sommes arriv??s en 2009 nous avons commenc?? ?? regarder comment nous allions poser les probl?¨mes. En 2011 v??ritablement, elles ont ??t?? r??ticentes au fait de travailler avec nous. C’est ce qui s’est pass?? quand nous avons essay?? d’entrer en contact avec elles.?Elles sont r??ticentes… On les invite syst??matiquement mais elles sont r??ticentes jusqu’?? pr??sent.

Leurs d??tracteurs ont fini par cr??er une phobie chez elle car d??j?? elles avaient l’??tiquette de madivin pour avoir r??clam?? l’??galit??, pour avoir lutt?? contre la violence qui touche les femmes, contre les viols qui touchent les filles. Mais voil?? o?1 ?§a en est arriv??, du fait d’avoir ??t?? point??es du doigt elles sont devenues comme r??fractaires.
Mais nous persistons pour en arriver ?? cr??er des rapports avec elles. Il y a KOFAVIV par exemple, avec qui nous sommes en pourparlers s??rieux, avec qui nous avons d??j?? organis??s deux activit??s. Le Minist?¨re ?? la Condition F??minine, nous leur avons ??crit et nous attendons leur r??ponse jusqu’?? aujourd’hui, pour savoir ce qu’on peut faire ensemble. Il y a un groupe qui est surtout dirig?? par des lesbiennes qui est FACSDIS et nous travaillons en partenariat avec elles. Mais c’est vrai que pour une bonne partie des groupes il y a une peur d’?atre encore index??es comme des lesbiennes, alors que d??j?? la soci??t?? les consid?¨rent comme telles? parce qu’elles r??clament des droits qu’elles ont besoin d’?atre ??gales aux hommes, donc c’est des lesbiennes ?.

CR:?Quelle genre de personnes y a-t-il en terme de classe sociale dans Kouraj ?

Kouraj :?Il faut dire que les gens qui sont dans KOURAJ sont surtout des gens issus des quartiers populaires, de classe pauvre. Nous n’avons pas du tout de membres riches. C’est des jeunes qui ont tous pratiquement grandi dans des quartiers populaires et qui justement ont l’??ducation comme seule richesse.
Mais nous n’avons pas de personnes riches dans?KOURAJ d’une mani?¨re g??n??rale. Et puis nous avons beaucoup de jeunes aussi dans KOURAJ. Les plus jeunes ont 16 ans, jusqu’?? 40 ans. Donc il y a beaucoup de jeunes dans KOURAJ.

CR:?Comment les gens int?¨grent-ils KOURAJ, o?1 et comment vous rencontrent-ils ?

Charlot JEUDY

Kouraj :?Nous, c’est un encha??nement ; c’est un groupe d’ami-e-s qui a form?? KOURAJ et ces ami-e-s ram?¨nent d’autres ami-e-s. Cela fait un encha??nement.?Et puis comme il y a des cellules que nous cr??ons dans les villes de province, nous nous d??pla?§ons et nous allons dans les villes de province. Nous allons chercher notre famille, car nous sommes une famille, toute une famille.

CR:?Une autre question :? on a parl?? des difficult??s rencontr??es pour vivre en g??n??ral quand on est? masisi ; comment ?§a se passe pour ce qui est de la question du travail ?

Il faut tout d’abord dire qu’il n’y a pas ??norm??ment de personnes parmi nous qui sont sorties du placard. Et la plupart des membres de?KOURAJ,? s’ils ne sont pas dans des activit??s scolaires ou estudiantines, ce sont des gens qui vivent du commerce informel. Ce ne sont pas des individus qui travaillent dans des institutions publiques ou priv??es. Nous n’avons pas ce genre de membres. Et les gens que l’on conna??t qui travaillent dans ces cadres-l?? ce sont aussi des gens qui ne s’affichent pas ou qui n’assument pas leur homosexualit?? ou leur transsexualit??.

CR:?Quelles sont les violences que subit aujourd’hui la communaut?? M ?

Kouraj :?D’abord nous faisons face ?? une violence verbale qui est d??j??, en soi, un fl??au. Tous les gens quels qu’ils soient, autorit??s, simples citoyens, membres de la famille, tous les gens tiennent des propos blessants ?? l’??gard des membres de la communaut?? M, qu’ils les connaissent ou pas.
L’autre chose tient de la violence physique dans certains quartiers. Les jeunes qui sont souvent eff??min??s et donc remarquables, qui souvent assument leur homosexualit?? ou leur transsexualit??, sont victimes de ces gens-l??. Ils les frappent, les battent. Aussi, au moment du Carnaval, quand nous sommes dans le carnaval il y a des groupes carr??ment qui nous attaquent pour nous frapper.
On est aussi frapp??-e-s par des violences institutionnelles. Il y a des institutions o?1 juste parce que tu as l’air eff??min?? ils ne te re?§oivent pas. On ne te re?§oit pas tout simplement ; ils disent qu’ils ne veulent pas recevoir ? ce genre de personnes ?, ?? l’h?′pital ou dans d’autres endroits.
Et puis il y a une autre violence : celles de groupes musicaux qui utilisent le message qu’ils v??hiculent ?? travers leurs textes. Ils lancent des messages de haine ?? travers ces textes-l?? et il n’y a personne dans cette soci??t?? qui r??agisse ; ni l’?‰tat, ni Minist?¨re de la Culture, ni Minist?¨re de la Justice, ni Minist?¨re des Droit de l’homme, personne ne dit jamais rien en notre faveur. M?ame le gouvernement finance des groupes carnavalesques homophobes pour qu’ils puissent continuer ?? diffuser leurs messages de haine contre notre communaut??.
??a signifie qu’en cas de probl?¨me tu ne vois pas ?? qui t’adresser. Et quand nous avons affaire ?? des jeunes qui sont victimes de violence et qu’on va au commissariat, le policier dit carr??ment que c’est nous qui nous nous comportons mal et que c’est ?§a qui pousse les gens ?? nous faire violence. Ils n’enregistrent pas la plainte ; ils nous disent que c’est ?? nous de nous conformer, de ?marcher comme des hommes??.
Tu vois. C’est ?§a la situation.
Et il y a aussi des familles qui, quand elles d??couvrent que tu es homo, transsexuel, lesbienne, te mettent carr??ment ?? la rue. Ils cessent carr??ment de te payer l’??cole. Tout simplement. Tu ne peux plus rester ?? la maison. M?ame si la maman est d’accord mais le fr?¨re qui paye la scolarit?? ne veut pas. Ou bien la famille qui est ?? l’??tranger elle ne veut plus payer parce qu’elle sait que tu es dans la maison…C’est le genre de probl?¨mes auxquels nous faisons face.

CR:?Est-ce que vous avez des avocats dans votre r??seau ?

Kouraj :?Aujourd’hui dans les partenariats qu’on essaie de d??velopper avec la soci??t?? civile nous avons deux cabinets d’avocats avec qui nous sommes en pourparlers ; des cabinets qui veulent volontairement nous accompagner mais la question c’est toujours celle des frais. M?ame s’ils ne nous r??clament rien, il y a des frais d’administration, des frais destin??s ?? la DGI (Direction G??n??rale des Imp?′ts). Et? nous n’avons pas de fonds.
D’abord il y a BAI, Bureau International des Avocats, et il y a DOP, D??fenseur des Opprim??s, qui sont d??j?? pr?ats pour nous supporter quand il y a une affaire. D??j??, on a un cas de violence homophobe au niveau de Jacmel,de jeunes qui ont ??t?? attaqu??s et donc on a le cabinet BAI qui suit le dossier pour nous.

CR:?Tu as d??j?? en partie r??pondu ?? la question mais?aujourd’hui?quelle est l’attitude de la justice ?? l’??gard de la communaut?? ?

Kouraj :?Mon cher, il y a une incompr??hension ??norme, un gros probl?¨me d’ignorance. Et c’est ?§a qui fait que nous, dans notre plaidoyer, nous demandons que les officiers judiciaires soient form??s, que les officiers dans tous leurs commissariats b??n??ficient d’une formation. Et nous-m?ame avons recommand?? qu’?? l’int??rieur des acad??mies de police il y ait des s??ances de formation sur les questions d’homosexualit?? et de transsexualit??. Parce que nous avons fait face ?? un cas derni?¨rement : il s’agissait d’une femme lesbienne, son mari l’a su et l’a assassin??e. Le mari l’a tu??e et quand il s’est retrouv?? face au juge d’instruction… On a arr?at?? le mari qui s’est justifi?? en disant que sa femme ??tait une lesbienne. Le juge a alors conclu que, si c’??tait une lesbienne alors c’??tait une femme pas respectable, une moins que rien.?Nous avons ??t?? oblig??-e-s de demander que le juge soit dessaisi du dossier. C’est pour te montrer comment il y a une ignorance ??norme dans ces questions, et une grosse incompr??hension.

CR :?Quels sont les projets sur lesquels vous travaillez actuellement?
Aujourd’hui nous sommes toujours dans le d??veloppement de KOURAJ parce que, comme nous le disions, homophobie et transphobie sont partout dans notre soci??t?? et c’est pour ?§a que nous avons des caravanes qui se d??placent dans les villes de province. Nous allons continuer ?? nous d??velopper pour rallier plus de personnes la cause, qui soient en mesure d’int??grer le groupe. C’est ?§a : d??velopper KOURAJ.

?‰galement voir comment pr??parer deux propositions de lois au parlement. L’une qui condamne la violence homophobe et toutes les violences li??es au genre ; et une proposition de loi pour que les associations soient en mesure de porter plainte en lieu et place des personnes physiques, des individus. Parce que les victimes de violence refusent de porter plainte quand ils/elles sont victimes parce qu’elles ont peur qu’on sache, qu’on connaisse leur orientation sexuelle, leur identit?? de genre. Et donc nous aimerions que les associations puissent le faire ?? leur place.
Et l’autre chose que nous aimerions aussi c’est faire un grand d??bat avec toute la soci??t?? civile sur les questions d’homosexualit?? et de transsexualit??? et que l’?‰tat ha?ˉtien ratifie la convention internationale sur la d??p??nalisation de l’homosexualit??.
Nous aimerions aussi qu’il y ait un nouveau code p??nal, qui soit r??form??. Il y a une proposition de nouveau code p??nal sur lequel nous avons travaill?? avec d’autres membres de la soci??t?? civile. Nous aimerions que cette proposition soit adopt??e.
Qu’il y ait aussi une politique de l’?‰tat, de ce gouvernement qui se veut un ?‰tat de droit ; que cet ?‰tat inscrive nos pr??occupations dans ses priorit??s. Parce que le gouvernement dit que l’une de ses priorit??s c’est l’??tat de droit. Et nous croyons que dans la constitution de 87 il est clairement dit dans l’article 19 que l’?‰tat doit prot??ger toute personne sans aucune distinction.